Deux médecins livrent leur regard sur leur métier, leur pratique et leurs évolutions.

8 juin 2021

Dr Véronique Belmas-brunet
« La manière d’exercer a beaucoup évolué ces dernières années »

Le Dr Véronique Belmas-Brunet est médecin psychiatre, chef du pôle de psychiatrie et présidente de la CME du CH Sainte-Marie de Nice. Du haut de son expérience, elle raconte son exercice actuel et les évolutions qu’elle a pu constater.

Exercice hospitalier. « Jeune diplômée, je me destinais à l’exercice libéral. A mon arrivée en région PACA, j’ai d’abord travaillé comme assistante au CH Sainte-Marie pour prendre mes marques… et je n’en suis jamais partie, me rendant compte que l’exercice hospitalier était ce que je préfère. A l’hôpital, en psychiatrie, un médecin seul ne peut rien : il lui faut une équipe qui soutienne son discours auprès des patients. Aujourd’hui, en plus de mon rôle clinique, ma casquette de chef de pôle me permet de travailler dans une relation d’écoute et de partage avec les autres médecins dans un service qui compte une majorité de femmes, à l’image de la spécialité psychiatrique très féminisée. Enfin, occuper la présidence de la CME me permet de participer à la vie de l’hôpital, pour améliorer l’accueil des patients et les conditions de travail des soignants. »

Un autre regard. « La manière d’exercer le métier de médecin a beaucoup évolué ces dernières années. Par exemple, les internes sont mieux protégés aujourd’hui. Lorsque j’étais interne, on enchaînait les gardes, sans compter ses heures. Notre métier relevait quasiment du sacerdoce et la qualité de vie passait après. Cette meilleure protection des internes est évidemment une bonne chose mais elle entraîne de fait un changement de regard sur la profession de médecin qui devient en quelque sorte « un métier comme un autre ». Et cela s’accompagne d’une évolution sociétale générale vis-à-vis du travail : les jeunes veulent une meilleure qualité de vie, laquelle ne passe plus nécessairement par le travail. »

Souplesse. « Comme dans la société, le rapport à la hiérarchie a évolué lui aussi, et les jeunes bousculent plus facilement les codes établis. Ils n’hésitent plus à donner leur avis, là où nous étions plus dans un rapport de soumission à l’autorité. Cela demande donc de manager différemment, avec souplesse et dialogue. A cela s’ajoutent certaines frustrations dues aux modalités actuelles de l’internat. Certains jeunes n’exercent pas la spécialité qu’ils convoitaient et se retrouvent en psychiatrie parfois par dépit. Charge à nous de la leur faire apprécier et voir autrement. »

Alliance thérapeutique. « Enfin, notre exercice a également évolué parallèlement à la prise en charge des patients. Le respect des droits du patient est en première ligne. Notre enjeu est donc d’aider le patient hospitalisé à passer d’une relation vue comme contrainte à une relation d’alliance thérapeutique, pour nous permettre d’assurer notre devoir de soins dans le respect des droits du patient. »

Dr Mathieu Bernard-Le Bourvellec
Soigner « avec toutes les solutions reconnues, disponibles et adaptées »

Le Dr Mathieu Bernard-Le Bourvellec est cardiologue à l’Institut Cœur Paris Centre. Spécialiste de l’hypnose et autres thérapies brèves, il milite pour une prise en charge globale et la communication, essentielles à l’exercice médical du 21e siècle.

Frustration. « Mon exercice est extrêmement varié. Spécialisé en échographie cardiaque, je fais à la fois des consultations, des vacations et des hospitalisations. Lorsque j’ai commencé à exercer, il m’est arrivé de recevoir des patients symptomatiques mais dont le bilan exhaustif ne montrait pas d’anomalie. Non seulement c’était très frustrant, mais les symptômes et la douleur du patient persistaient. Après une rencontre avec un anesthésiste pratiquant l’hypnose, j’ai commencé à proposer à certains de mes patients d’aller le consulter, à la condition que cela corresponde à une vraie démarche personnelle de leur part. Devant les retours bénéfiques qu’il me transmettait, j’ai vraiment changé de regard sur mon exercice. »

Prise en charge globale.
« La formation en cardiologie est très centrée sur l’organe et l’on considère peu la personne dans son ensemble. J’ai donc décidé de recentrer ma pratique sur la prise en charge globale notamment via l’hypnose. En effet, cette approche repose sur le maniement des mots, que l’on apprend peu sur les bancs de la faculté. Pratiquée de manière sérieuse et scrupuleuse, elle permet de prendre le temps d’explorer, en étant à l’écoute du patient afin que lui-même soit à son écoute. C’est crucial aujourd’hui, dans une société notamment marquée par le stress et la performance. »

Lien thérapeutique. « Cette pratique est, à mon sens, extrêmement pertinente pour améliorer la communication patient-médecin, clé de la réussite thérapeutique. L’hypnose m’a appris des techniques permettant d’élaborer rapidement un lien, hors de toute opposition. D’autant que, parfois, une simple phrase suffit à apaiser la personne. A l’heure où l’observance est un véritable enjeu de santé publique, cette relation créée grâce à l’hypnose est essentielle, particulièrement en prévention secondaire. »

Formation.
« Il m’arrive de recevoir des patients angoissés, recherchant un deuxième avis après une maladresse commise par leur médecin, très souvent involontairement. On ne peut les blâmer, la formation initiale faisant peu de cas de la communication médicale. C’est pourquoi je milite activement pour son enseignement. C’est encore très timide mais cela commence. Par exemple, depuis cette année, je délivre un cours de communication médicale pour les élèves en 4e année à la faculté de Rennes. Et je forme également des médecins libéraux dans le cadre de la formation continue. »

Être médecin autrement. « C’est un fait, la « médecine de la science infuse » est aujourd’hui révolue. L’avènement d’internet a rendu nos patients plus actifs et la médecine du 21e siècle est participative. Nous devons donc prendre du recul, sortir de la médecine d’organe pure et tenir compte des solutions complémentaires qui existent. Il m’arrive par exemple d’avoir certains patients qui refusent un traitement. Quand il n’y a pas d’alternative, notre rôle est évidemment de les convaincre. Mais nous nous devons aussi de les entendre et de les accompagner, en adaptant le suivi. C’est cela, être cardiologue en 2021 : rassurer le patient et le réparer, avec toutes les solutions reconnues, disponibles et adaptées à sa situation. »

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