Médecin coordonnateur, un métier jeune au chevet des âgés

2 septembre 2020

Nathalie Maubourguet, qui officie dans trois Ehpad de Gironde, est une précurseuse. Celle qui est aussi Présidente de la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad (Ffamco) est en effet l’une des premières à avoir embrassé cette profession assez récente dans le paysage médical français. Si son choix a été une évidence, elle ne fait pas fi des nouveaux enjeux qui modifient la donne d’une fonction extrêmement enrichissante.

Qu’on se le dise, le statut de médecin coordonnateur en Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) est l’un des derniers-nés de la médecine. Aussi surprenant que cela puisse paraître, alors que sa raison d’être sonne comme une évidence, il n’a été reconnu par un arrêté qu’en 1999.
« Il y a vingt ans, il n’y avait rien qui existait, se souvient Nathalie Maubourguet. Il y avait tout à inventer. C’est ce qui m’a poussée à m’engager dans cette voie. L’autre raison, c’est que la gériatrie est une discipline par nature complexe dans la mesure où le patient est à la fois âgé et fragile, ce qui nécessite, si je puis dire, d’effectuer des fins réglages. Le tout sans négliger la prévention car même à ces âges-là, il est encore possible d’en faire. » Le caractère hybride qui caractérise le rôle du médecin coordonnateur en forge également l’attrait : « Il allie la médecine et le travail en équipe dans une dimension à la fois pluridisciplinaire, managériale et, je dirais, systémique, par exemple, en ce qui concerne le circuit du médicament. En effet, on doit veiller à ce que les prescriptions de nos confrères à l’intention des résidents soient délivrées comme il convient. »

« Une réflexion éthique sur des sujets pratiques »

A cet égard, il convient de rappeler que le médecin coordonnateur n’a pas vocation à être le médecin traitant de tous les pensionnaires de l’Ehpad ni, donc, à assurer leur suivi médical individuel. En revanche, il peut arriver qu’outre sa casquette de médecin coordonnateur, il compte dans sa patientèle des membres de l’Ehpad où il officie. Plus largement, il est le garant de la qualité de la prise en charge médicale globale au sein de l’établissement. Et ce, en élaborant et en faisant vivre le projet de soins, en concertation, bien sûr, avec l’équipe des professionnels de santé de l’Ehpad dont il est en quelque sorte le chef de file et l’animateur. Mais ce n’est pas tout. Il lui revient de formaliser les protocoles (gestion du risque infectieux, prévention de la dénutrition…) que les professionnels salariés de l’Ehpad sont tenus de respecter au quotidien. Il contribue également auprès des professionnels de santé extérieurs à l’Ehpad (kinésithérapeutes, orthophonistes, médecins traitants, spécialistes…) à la bonne adaptation aux impératifs gériatriques, toujours dans le dialogue, dans un souci de cohérence et d’harmonie. Cela ne l’empêche pas d’être en prise directe avec les patients dans la mesure où c’est lui qui coordonne leur évaluation gérontologique (tests cognitifs, bilan nutritionnel, Groupe iso-ressources ou GIR)…) lors de l’admission mais également tout au long du séjour, à chaque fois que cela s’avère nécessaire. Et ce, pour adapter au mieux l’individualisation des soins. Enfin, il peut lui arriver très ponctuellement de se muer en prescripteur en cas de situation d’urgence ou de risque vital pour la personne, quand cette dernière n’a pas de médecin traitant ou encore, lors de la survenue de risques exceptionnels ou collectifs nécessitant une organisation adaptée comme c’est le cas actuellement avec la Covid-19.
Une diversité de missions au caractère, in fine, assez hétéroclite qui a assurément séduit Nathalie Maubourguet. « Cela me passionne toujours autant, quand bien même faut-il ne pas avoir peur des conflits et s’intéresser à divers aspects complémentaires, que ce soient la formation, la notion de bénéfice-risque d’un système etc. Par ailleurs, comme tout cadre dans une structure, le médecin coordonnateur peut se retrouver entre le marteau et l’enclume. Autrement dit, il fait office de trait d’union entre les exigences de sa direction et les requêtes de son équipe. Il est indispensable que l’éthique de travail soit la même pour tout le monde », insiste Nathalie Maubourguet, plus que jamais désireuse de « faire évoluer la prise en charge gériatrique dans ce secteur en initiant une réflexion éthique sur des sujets pratiques ». Reste que « le médecin coordonnateur n’est pas un clinicien au quotidien, précise-t-elle. Ceux qui aspirent à faire de la gériatrie pure et dure doivent plutôt s’orienter vers l’hôpital ou un service de Soins de suite et de réadaptation (SSR). »

Une pratique libérale en parallèle

Comme nombre de ses confrères, Nathalie Maubourguet est médecin généraliste de formation. Si son activité professionnelle est exclusivement focalisée sur les Ehpad, la plupart de ses collègues ont, eux, conservé en parallèle une pratique libérale à hauteur des deux tiers ou des trois quarts de leur temps de travail, ce qui est le minimum requis pour assurer la viabilité de leur cabinet. Ils consacrent donc le reste à leur tâche de médecin coordonnateur dans un ou plusieurs établissements, selon l’ampleur des charges qu’ils ont à assurer dans chacun de ceux où ils sont salariés à temps partiel.
Nathalie Maubourguet partage leurs craintes pour l’avenir :
« Par manque de personnels et de moyens en Ehpad, on a tendance à revenir à ce qu’il se passait il y a plusieurs années. Quitte, parfois, à ce que le médecin coordonnateur serve de fusible ou d’alibi parce que les contraintes budgétaires conduisent à privilégier la dimension comptable au détriment de l’aspect sanitaire et du bien-être des gens. »

Une denrée rare

On recense en moyenne entre 2 500 et 3 000 médecins coordonnateurs en France pour environ 7 200 Ehpad. Un ratio qui atteste d’une pénurie. Laquelle s’explique par des moyens d’action parfois restreints pour cause de budgets insuffisants et/ou des rémunérations insuffisamment attractives. En équivalent temps plein, leurs émoluments dépassent très rarement 5 000 euros mensuels et sont très souvent nettement moindres.
Les médecins coordonnateurs peuvent exercer en Ehpad privé (lucratif ou associatif) ou public. Dans ce dernier cas, ils sont soit Praticiens hospitaliers (PH) rattachés à la Fonction publique hospitalière, soit professionnels de santé libéraux et donc contractuels. Dans le secteur public, les médecins coordonnateurs contractuels perçoivent des traitements inférieurs à ceux du privé et assez éloignés de leurs attentes (de niveau 4 au lieu du niveau 13 auquel aspirent ceux qui sont en fin de carrière).
Pour être médecin coordonnateur en Ehpad, il convient d’être titulaire d’un Diplôme d’université (DU) de médecin coordonnateur, d’un Diplôme d’études spécialisées (DES) complémentaire en gériatrie ou encore, d’une capacité de gérontologie validée dans le cadre de la formation médicale continue. S’il ne possède pas l’une de ces qualifications, le candidat peut toutefois être embauché mais il doit s’engager à remplir ces conditions dans un délai de trois ans après son recrutement.

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