Rémunération des médecins : comparatif selon la spécialité

17 juin 2025 Rémunération des médecins : les écarts selon la spécialité

« En tant que médecin, tu gagnes bien ta vie ! » Cette phrase vous a peut-être déjà fait lever les yeux au ciel. La rémunération des médecins, souvent fantasmée, varie pourtant énormément d’une spécialité à l’autre. Pourquoi un cancérologue gagne-t-il jusqu’à quatre fois plus qu’un psychiatre ? Spécialité choisie, secteur, genre : les écarts sont frappants. En 2021, l’amplitude entre les revenus pouvait aller de 90 000 € à plus de 400 000 € 1! Qu’est-ce qui explique de telles différences ? Voici un panorama des rémunérations par spécialité et des mécanismes qui créent ces écarts.

Rémunération des médecins : quelles spécialités rapportent le plus ?

Au sommet de la hiérarchie des rémunérations médicales, certaines spécialités se détachent nettement, comme le révèlent les dernières statistiques 2024 de la CARMF 2. La cancérologie domine largement ce palmarès avec un bénéfice non commercial moyen atteignant 258 531 €, positionnant cette spécialité comme la plus rémunératrice du secteur médical français.

L’anesthésie-réanimation occupe la deuxième marche du podium avec 164 662 €, suivie par l’ophtalmologie qui affiche un revenu moyen de 145 283 €. La chirurgie, longtemps considérée comme la spécialité-reine en termes de revenus, maintient une position enviable avec 140 824 € malgré une baisse préoccupante de 2,83 % sur un an.

Les spécialités techniques ou interventionnelles dominent largement le haut du tableau. Cette prédominance s’explique notamment par une valorisation plus importante des actes instrumentaux et interventionnels dans la nomenclature actuelle.

C’est le cas notamment de la radiologie, seule spécialité du top 5 à enregistrer une hausse, avec une augmentation de 1,95 % sur un an. La médecine vasculaire et la stomatologie se placent également en haut du classement.

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Quelles sont les spécialités médicales les moins bien rémunérées ?

À l’opposé, certaines disciplines médicales figurent régulièrement en bas du classement des rémunérations. La médecine interne occupe la position la moins enviable avec un BNC moyen de seulement 69 007 €, soit près de quatre fois moins que la cancérologie. Juste derrière, on retrouve les psychiatres, dont le revenu moyen atteint 73 014 €, et les pédiatres, à peine mieux rémunérés avec 74 884 €.

Ces trois spécialités partagent une prédominance de l’acte clinique sur l’acte technique, un temps de consultation souvent prolongé et un investissement relationnel important. Leur positionnement en bas de l’échelle des rémunérations soulève des questions sur la valorisation des compétences cliniques pures dans notre système de santé.

Plus préoccupant encore, ces disciplines affichent une stabilité ou une légère tendance à la baisse de leurs revenus, au risque d’accentuer l’écart avec les spécialités techniques et de compromettre leur attractivité auprès des nouvelles générations de médecins.

Rémunération des médecins généralistes : quelle place dans le classement ?

La rémunération des médecins généralistes continue de creuser l’écart avec celle des spécialistes, comme le confirment les dernières statistiques. En 2022, les généralistes libéraux ont perçu un revenu moyen de 76 512 €, un chiffre qui interpelle par sa modestie relative dans le paysage médical français.

Plus préoccupant encore, cette rémunération affiche une baisse de 5,72 % sur un an, témoignant d’une tendance inquiétante pour l’attractivité de la profession. Ce revenu se positionne nettement en deçà de la moyenne globale des spécialistes libéraux, établie à 112 012 €, créant ainsi un différentiel de plus de 35 500 € annuels.

Cet écart considérable soulève des questions légitimes sur la valorisation de la médecine générale, pourtant pierre angulaire de notre système de santé. Alors que les généralistes constituent le premier maillon de la chaîne de soins et assurent un suivi global des patients, leur position dans le classement des rémunérations médicales ne reflète pas l’importance de leur rôle.

Cette situation, si elle perdure, risque d’accentuer la désaffection pour cette spécialité, déjà confrontée à une crise démographique dans de nombreux territoires, et d’aggraver les difficultés d’accès aux soins primaires pour une part croissante de la population.

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Rémunération des médecins par spécialité : tableau comparatif

 

Bénéfices non-commerciaux (BNC) 2022 par spécialité Secteur 1 Secteur 2 Total secteurs
1 et 2
Évolution BNC 2022/2021
Nombre BNC moyen Nombre BNC moyen Nombre BNC moyen Secteur 1 Secteur 2 Total
Ensemble des déclarations des médecins libéraux 79 772 84 724 € 22 498 116 737 € 102 270 91 767 € -4,47 % -2,41 % -3,89 %
Médecine générale 56 134 76 879 € 2 190 67 107 € 58 324 76 512 € -5,68 % -7,02 % -5,72 %
Moyenne des spécialistes 23 638 103 355 € 20 308 122 090 € 43 946 112 012 € -2,93 % -2,17 % -2,65 %
Allergologie 162 66 270 € 47 66 277 € 209 66 272 € -6,15 % -9,13 % -6,79 %
Anatomie cytologie pathologiques 147 985 € 56 102 687 € 316 139 957 € 6,24 % 7,43 % 7,75 %
Anesthésie réanimation 1 278 133 356 € 1 362 194 036 € 2 640 164 662 € -6,27 % 1,92 % -2,16 %
Cancérologie 400 268 620 € 102 218 969 € 502 258 531 € -5,84 % -13,97 % -7,11 %
Chirurgie 1 061 97 847 € 4 083 151 992 € 5 144 140 824 € -2,86 % -2,85 % -2,83 %
Dermato vénérologie 1 373 75 407 € 971 93 277 € 2 344 82 809 € -7,70 % -1,66 % -5,08 %
Endocrinologie et métabolisme 279 60 610 € 498 61 011 € 777 60 867 € 1,07 % -3,06 % -1,60 %
Gastro entérologie hépatologie 853 117 653 € 693 136 484 € 1 546 126 094 € -6,33 % -2,52 % -4,56 %
Gériatrie 67 68 537 € 29 61 423 € 96 66 388 € 7,81 % -16,37 % -0,31 %
Gynécologie médicale 316 48 910 € 282 66 172 € 598 57 050 € -10,40 % -3,05 % -6,56 %
Gynécologie médicale et obstétrique 105 59 124 € 101 95 841 € 206 77 126 € -8,59 % -7,46 % -8,42 %
Gynécologie obstétrique 741 75 934 € 1 916 107 076 € 2 657 98 390 € -8,07 % -5,71 % -6,37 %
Hématologie 23 67 902 € 15 131 799 € 38 93 125 € 1,03 % -12,31 % -2,69 %
Médecine biologique 544 96 561 € 96 119 € 9,92 % 10,39 %
Médecine d’urgence 17 44 145 € 41 692 € 4,82 % -1,00 %
Médecine interne 66 66 733 € 113 70 335 € 179 69 007 € -6,78 % 6,13 % 1,16 %
Médecine légale et expertises médicales 25 70 594 € 25 70 594 € 37,21 % 37,21 %
Médecine nucléaire 337 136 709 € 23 190 509 € 360 140 147 € -1,95 % 23,63 % -0,18 %
Médecine physique et de réadaptation 173 71 191 € 147 79 397 € 320 74 961 € -4,05 % -9,55 % -6,84 %
Médecine vasculaire 442 106 893 € 137 128 497 € 579 112 005 € -5,20 % 7,09 % -2,13 %
Néphrologie 376 149 404 € 27 65 597 € 403 143 789 € -0,24 % 15,07 % -0,23 %
Neurologie 492 99 913 € 390 102 760 € 882 101 172 € -2,69 % 1,88 % -0,72 %
Ophtalmologie 1 470 111 628 € 1724 173 980 € 3 194 145 283 € -4,34 % -2,08 % -3,42 %
Oto-rhino laryngologie 558 101 735 € 1072 114 272 € 1 630 109 980 € -3,07 % 0,84 % -0,47 %
Pathologie cardio vasculaire 3 020 129 812 € 1030 128 189 € 4 050 129 400 € -4,78 % -3,49 % -4,47 %
Pédiatrie 1 405 67 578 € 1173 83 636 € 2 578 74 884 € -1,42 % -0,48 % -0,95 %
Pneumologie 715 103 841 € 254 93 466 € 969 101 122 € -7,28 % 0,57 % -5,70 %
Psychiatrie 3 077 72 847 € 2 469 73 221 € 5 546 73 014 € -1,08 % -0,73 % -0,92 %
Radiologie imagerie médicale 3 196 113 814 € 733 138 226 € 3 929 118 368 € 1,08 % 6,46 % 1,95 %
Rhumatologie 560 75 255 € 762 75 875 € 1 322 75 612 € -6,12 % -0,55 % -2,95 %
Stomatologie 156 132 116 € 74 127 975 € 230 130 784 € -7,63 % -14,87 % -10,05 %

 

Évolution des revenus médicaux : une tendance générale à la baisse

L’analyse des revenus médicaux sur la période récente révèle une préoccupante décélération. Si entre 2014 et 2017, la progression atteignait 1,9 % annuellement en euros constants, la période 2017-2021 n’affiche plus qu’une timide hausse de 0,6 % par an après ajustement à l’inflation.

Cette évolution modeste s’appuie essentiellement sur les omnipraticiens (+0,7 % annuellement) et les spécialistes conventionnés en secteur 1 (+0,9 %). Paradoxalement, les spécialistes en secteur 2 voient leurs revenus s’éroder de 1,4 % chaque année sur cette même période. Plus alarmant encore, l’année 2022 a enregistré un repli global de 3,89 % pour l’ensemble des médecins libéraux, toutes spécialités confondues.

Certaines disciplines subissent un décrochage particulièrement sévère, comme la stomatologie, la gynécologie ou la médecine nucléaire, avec des chutes atteignant parfois 10 % en un an. En vingt ans, le pouvoir d’achat des médecins n’a augmenté que de 3 %, soit une progression trois fois inférieure à celle des salariés du privé [3].

À contre-courant de cette morosité générale, quelques spécialités manifestent une résilience remarquable, voire une progression significative. La médecine légale se distingue avec une extraordinaire hausse de 37 % de son bénéfice non commercial (BNC), suivie par l’hématologie et la médecine biologique qui maintiennent également une trajectoire positive.

Rémunération des médecins : quels critères font la différence ?

La disparité des revenus médicaux s’explique par plusieurs facteurs déterminants, qui structurent le paysage économique de la profession. L’exercice libéral, généralement associé à un bénéfice non commercial (BNC) plus élevé que les salaires hospitaliers, s’accompagne néanmoins d’une charge administrative plus importante, d’une fiscalité spécifique et d’une variabilité plus importante des revenus. Les médecins au statut mixte, combinant activité hospitalière et libérale, peuvent trouver un équilibre plus sécurisant.

Le secteur conventionnel représente un second facteur d’inégalité, particulièrement visible dans certaines spécialités. La liberté tarifaire accordée aux praticiens en secteur 2 leur permet de pratiquer des dépassements d’honoraires, ce qui impacte de manière notable leur revenu final. En ophtalmologie par exemple, le BNC moyen atteint 172 804 € en secteur 2 contre 111 628 € en secteur 1, soit un différentiel de plus de 60 000 €. La chirurgie présente un écart similaire avec 159 511 € en secteur 2 contre 97 487 € en secteur 1.

La localisation géographique influence également la rémunération, avec des variations substantielles selon les zones de forte ou faible densité médicale. Les déserts médicaux peuvent paradoxalement offrir des revenus supérieurs grâce aux aides à l’installation et à une patientèle plus importante, même si l’attractivité est souvent moindre, notamment en raison des contraintes personnelles et logistiques. À l’inverse, la concurrence dans les grandes métropoles peut limiter les possibilités d’installation et donc les revenus, mais permettre parfois des tarifs plus élevés pour certaines spécialités de pointe.

Enfin, le volume et la nature de l’activité constituent des déterminants essentiels. Les spécialités techniques ou interventionnelles (radiologie, cardiologie, gastro-entérologie) bénéficient d’actes à forte valeur ajoutée qui optimisent le ratio temps/rémunération. À l’inverse, les spécialités cliniques pures, fondées sur la consultation, présentent généralement un plafond de revenus plus bas, malgré un temps de travail parfois supérieur. Cette réalité économique explique en partie l’attractivité variable des différentes spécialités auprès des jeunes médecins et les tensions démographiques qui en résultent.

 

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La hiérarchie des rémunérations médicales reflète moins la valeur intrinsèque des spécialités que les choix de valorisation de notre système de santé. Face à ces disparités, chaque médecin doit trouver son équilibre entre épanouissement professionnel et considérations financières.

Sources :

  1. Revenu des médecins libéraux : une légère hausse entre 2017 et 2021, avec de fortes disparités selon la spécialité et l’ancienneté d’installation – Drees
  2. La Carmf en 2024
  3. Rémunération des médecins : ce que révèlent les chiffres corrigés de l’inflation – Egora

 

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