Agression : le professionnel de santé face à un patient violent

7 novembre 2025 agression patient médecin

Un patient mécontent, le ton qui monte, un geste brusque… et la consultation bascule. L’agression d’un professionnel de santé n’est malheureusement plus un fait isolé. En ville comme à l’hôpital, ces actes se multiplient, laissant les médecins démunis. Comment réagir face à une menace ou à une violence verbale ? Peut-on refuser de suivre un patient agressif ? On vous guide pour comprendre vos droits, adopter les bons réflexes et savoir vers qui vous tourner face à l’aggressivité d’un patient.

L’agression du professionnel de santé : un phénomène en hausse

La relation entre le médecin et son patient a profondément évolué. Jadis fondée sur un modèle paternaliste, elle tend aujourd’hui vers un véritable partenariat. Les patients sont désormais considérés comme des acteurs de leur santé. Ils souhaitent aujourd’hui comprendre, choisir, et parfois contester. Si cette évolution est positive, elle complexifie aussi la relation de soins, au point que certains échanges peuvent devenir conflictuels.

Depuis quelques années, les violences envers les médecins connaissent une inquiétante progression. En 2023, le Conseil national de l’Ordre des médecins a recensé 1 581 agressions envers des praticiens en exercice, soit une hausse inquiétante de 27 % en un an. Et ce chiffre, déjà alarmant, ne reflète probablement pas la réalité, tant les faits restent sous-déclarés.

Les conflits surviennent souvent dans un contexte de frustration : un délai d’attente jugé excessif, le refus d’un document attendu, une explication jugée floue ou incomplète, ou encore un désaccord sur la prise en charge. À cela s’ajoutent les réactions face à un aléa thérapeutique, une erreur perçue, voire un malentendu.

Le phénomène touche en particulier les médecins libéraux, plus exposés du fait de leur proximité directe avec les patients et de la solitude dans laquelle ils exercent. Ce climat délétère pèse lourdement sur l’exercice médical, au point d’en pousser certains à quitter leur cabinet, notamment dans des zones déjà sous-dotées, aggravant les inégalités d’accès aux soins.

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Comment réagir en cas d’agression par un patient ?

Gardez toujours votre calme. Évitez de hausser le ton, de crier ou de faire des gestes brusques. Maintenez une distance physique d’environ un mètre et évitez tout contact, qui pourrait être mal interprété.

Montrez-vous empathique. Écoutez-le sans l’interrompre, reformulez pour montrer que vous avez compris et tentez de proposer des solutions. Une posture légèrement de biais (environ 45°) peut favoriser l’apaisement, tout en maintenant une certaine distance.

Restez ferme si le comportement devient inacceptable. Posez des limites claires (sans vous montrer autoritaire) et répétez-les si besoin. Essayez de ne laisser transparaître ni peur ni hésitation. Si la personne est sous l’emprise de drogues ou d’alcool, il est préférable de reporter la consultation.

En revanche, si l’agression devient physique ou menaçante, ne prenez aucun risque. Obéissez sans discuter, ne faites pas de geste brusque et évitez toute résistance. Mémorisez les détails utiles pour les forces de l’ordre et préservez les traces. Ensuite, signalez l’agression, demandez conseil à votre assurance et n’hésitez pas à solliciter l’Ordre pour une éventuelle médiation.

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Agression d’un professionnel soignant : que dit la loi ?

La loi prévoit différentes sanctions selon la nature de l’agression. Voici un récapitulatif des principales infractions :

Références légales Type d’infraction Description Professionnels concernés Sanctions encourues
Art. 433-5 CP Insultes, outrages, gestes déplacés Paroles, gestes ou objets portant atteinte à la dignité PCMSP* (hors libéraux, sauf missions spécifiques) 7 500 € d’amende

15 000 € + 6 mois prison (si en réunion)

Art. 433-3 al. 2 CP Menace de violence Menace de commettre un crime ou un délit Tout professionnel de santé 3 ans de prison

45 000 € d’amende

Art. 433-3 al. 5 CP Menace de mort Menace grave contre la vie ou les biens Tout professionnel de santé et son entourage proche 5 ans de prison

75 000 € d’amende

Art. 433-3-1 CP Pression pour obtenir un avantage Intimidation visant à contourner les règles PCMSP* en établissement (hors libéral) 5 ans de prison

75 000 € d’amende

Art. 222-13 CP Violences physiques Coups, bousculades, etc. (même sans ITT) Tout professionnel de santé et son entourage proche 3 ans de prison

45 000 € d’amende

Art. 222-33-2-2 CPArt. 226-16 CP Harcèlement / appels malveillants Répétition de messages ou pressions numériques Tout professionnel de santé Variable selon gravité : jusqu’à 3 ans et 45 000 €
Loi de 1881 Injures / diffamation publiques Déclarations publiques offensantes Tout professionnel de santé Amende (variable selon média)
Art. 322-3 CP Dégradations volontaires Détérioration de matériel, locaux ou biens liés aux soins PCMSP* 5 ans de prison

75 000 € d’amende

Art. 322-3 CP Graffitis, tags sans autorisation Traces ou dessins sur biens publics ou professionnels PCMSP* 15 000 € d’amende

Travail d’intérêt général

Art. 311-4 CP Vol de matériel médical Vol de matériel de soin ou de secours Tout professionnel de santé 5 ans de prison

75 000 € d’amende (plus si local d’habitation ou destruction associée)

Face à la recrudescence des violences envers les soignants, un plan national a été lancé en 2023 pour renforcer leur protection, qu’ils exercent en établissement ou en libéral. Il prévoit la création d’un délit unique d’outrage visant l’ensemble des professionnels de santé, ainsi que la possibilité, pour les directions d’établissements, de porter plainte au nom des agents agressés.

Comment faire un signalement d’agression en tant que médecin ?

En cas d’urgence (trouble à l’ordre public, violences verbales ou physiques, dégradation de matériel…) composez immédiatement le 17 (ou le 112). Une intervention rapide des forces de l’ordre peut prévenir l’escalade et sécuriser les lieux.

Une fois la situation sécurisée, il est essentiel de signaler l’agression. En structure hospitalière ou en clinique, l’alerte doit être transmise au cadre de santé, au chef de service ou à la direction. Si vous dirigez un établissement, vous pouvez également faire un signalement à l’Observatoire national des violences en santé (ONVS).

En cabinet libéral, en maison ou centre de santé, le médecin est invité à alerter son Conseil départemental de l’Ordre. Le signalement peut se faire en ligne, de façon simple et confidentielle.

En cabinet libéral, en maison ou centre de santé, le médecin est invité à alerter son Conseil départemental de l’Ordre. Le signalement peut se faire en ligne, de façon simple et confidentielle. Cette démarche permet non seulement d’alerter sur les situations d’insécurité rencontrées sur le terrain, mais aussi de bénéficier d’un accompagnement si besoin.

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Quand porter plainte contre un patient ?

Toute agression, même verbale, ou atteinte à vos biens doit faire l’objet d’un dépôt de plainte sans attendre. Ce geste est essentiel pour enclencher une réponse judiciaire. Vous pouvez bénéficier d’une assistance juridique via votre assurance professionnelle. Le Conseil départemental de l’Ordre des médecins peut se porter partie civile ou, en cas de crainte de représailles, agir en votre nom.

La plainte peut être déposée dans tout commissariat ou gendarmerie, seul ou accompagné par un représentant d’établissement. Il est conseillé de prendre rendez-vous pour limiter l’attente et, si besoin, de demander à être domicilié à son adresse professionnelle. Une alternative consiste à écrire directement au procureur de la République. Pour les atteintes aux biens sans auteur identifié, une pré-plainte peut être déposée en ligne.

Pour que la plainte soit recevable, rassemblez des preuves (témoins, vidéos de surveillance, certificats médicaux…). En cas de violences verbales, déposez plainte dans les 48 heures. Décrivez avec précision les propos entendus, même s’ils sont grossiers ou humiliants, ainsi que les gestes menaçants. Faites corroborer vos propos par des témoins directs, si possible dans les mêmes délais.

Sécurité des médecins : prévenir les comportements violents et les incivilités envers les soignants

Écouter son patient, lui expliquer clairement les soins, détecter les signes de tension ou les personnalités à risque permet d’anticiper les dérives. En cas de désaccord persistant, il est possible de proposer l’avis d’un confrère. Dans les cas extrêmes, le médecin peut se récuser et transférer le suivi, tout en garantissant la continuité des soins.

Pour les libéraux les plus exposés, des dispositifs d’alerte discrets existent (bracelet ou bouton caché). Dans certaines régions, l’URPS Médecins met en place plusieurs solutions pour soutenir les soignants face aux violences :

  • des formations dédiées à la gestion des agressions, qu’elles soient verbales ou physiques ;
  • une aide financière pour l’achat d’équipements de sécurité dans les cabinets ou centres de consultation ;
  • une ligne téléphonique spécifique, pour bénéficier d’un accompagnement après une agression.

Le Conseil de l’Ordre met également à disposition une affiche rappelant les bases d’une relation médecin-patient respectueuse, à afficher en salle d’attente pour poser un cadre clair.

Des partenariats locaux « santé-sécurité-justice » sont mis en place pour assurer une remontée d’information fluide et réactive. Ces conventions, officialisées par des protocoles nationaux, renforcent la coordination entre professionnels de santé, forces de l’ordre et justice.

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Ces agressions, qu’elles soient verbales ou physiques, ne sont jamais anodines. Elles installent la méfiance, rongent la relation de soin, usent les vocations. Derrière chaque acte violent, c’est tout l’équilibre du soin qui vacille.

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Sources :