Santé de la femme : quels enjeux pour les médecins ?
8 mars 2025
La santé de la femme représente aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique, qui mobilise l’ensemble des acteurs du système de soins. Les femmes jouent un rôle central dans la gestion de la santé familiale : plus des deux tiers d’entre elles prennent en charge le suivi médical des enfants et de leur conjoint, parfois au détriment de leur propre suivi médical 1. Face à cette réalité, les institutions, associations et professionnels de santé se mobilisent de plus en plus pour leur offrir toute l’attention nécessaire. Cette prise de conscience collective soulève de nouveaux défis pour les médecins dans l’accompagnement et la prise en charge de leurs patientes.
État des lieux de la santé de la femme en France
En France, malgré l’amélioration globale des indicateurs de santé publique et une espérance de vie féminine supérieure (85,4 ans contre 79,4 ans pour les hommes), les inégalités sociales de santé persistent particulièrement chez les femmes.
Impact des déterminants sociaux sur la santé des femmes
Les femmes sont aujourd’hui majoritaires parmi les populations précaires en France. Elles représentent 53 % des personnes pauvres et 57 % des bénéficiaires du RSA 2.
Leur situation professionnelle est particulièrement fragile : 70 % des travailleurs pauvres sont des femmes, elles occupent 82 % des emplois à temps partiel et 62 % des emplois non qualifiés 2.
La précarité touche particulièrement les familles monoparentales, dont la grande majorité sont dirigées par des femmes, avec un tiers vivant sous le seuil de pauvreté.
Disparités dans l’accès aux soins et la prise en charge
Cette situation impacte directement leur accès aux soins : 64 % des personnes renonçant aux soins sont des femmes, soit 9,5 millions de femmes par an 2.
Les obstacles sont multiples :
- complexité administrative des aides (un tiers des bénéficiaires potentiels de la CMU-C n’y recourt pas) ;
- dépassements d’honoraires ;
- délais d’attente, voire discriminations, etc.
Ces femmes, priorisant la santé de leurs enfants et la gestion des difficultés financières, négligent souvent leur propre santé.
Les défis actuels de la santé féminine
Bien que représentant près de la moitié de la population active, les femmes subissent des inégalités marquées en santé au travail. 11 % d’entre elles souffrent de maladies professionnelles, avec une souffrance psychique deux fois plus élevée que les hommes (6 % contre 3 %), particulièrement dans les secteurs du transport, de la construction et de l’industrie 3.
Les troubles musculo-squelettiques touchent également davantage les femmes, avec 60 % d’entre elles déclarant des douleurs dorsales ou articulaires, contre 51 % des hommes 3.
La santé mentale présente aussi des écarts significatifs, notamment depuis la pandémie : 17 % des femmes de 18-75 ans souffrent de dépression, contre 10 % des hommes. Cette tendance est particulièrement alarmante chez les 18-24 ans, où les pensées suicidaires ont triplé entre 2014 et 2021 3.
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La pratique médicale face aux enjeux de la santé des femmes
La santé des femmes a longtemps été réduite aux questions de procréation. Cette approche restrictive les a exclues des grandes problématiques de santé publique (VIH, alcoolisme, maladies cardiovasculaires), créant un paradoxe entre invisibilisation et surspécialisation de leur santé.
Biais de genre dans les soins : vers une médecine plus équitable
L’état de santé est influencé par l’interaction complexe entre facteurs biologiques (sexe) et socioculturels (genre). Les déterminants comme l’activité professionnelle, le niveau d’éducation et les comportements de santé diffèrent selon le genre, impactant le rapport aux soins. Par exemple, les hommes consultent généralement plus tardivement.
Les sciences sociales démontrent l’influence des stéréotypes de genre (fragilité féminine versus virilité masculine) sur l’expression des symptômes et la relation soignant-patient. Ces représentations affectent aussi le diagnostic et la prise en charge par les professionnels de santé. Comprendre cette articulation sexe-genre permet d’adapter les pratiques médicales, dans une perspective éthique visant l’équité en santé.
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Prendre soin des femmes : Adopter une vision globale de la santé féminine
Une approche holistique de la santé féminine permet de considérer chaque être humain comme un tout indivisible, en perpétuelle interaction avec son environnement.
L’accompagnement médical gagne à appréhender simultanément la santé physique et psychologique des patientes, tout en considérant les multiples déterminants sociaux qui façonnent leur bien-être : niveau de revenus, réseaux de soutien, conditions de travail et environnement familial.
La prise en compte des spécificités culturelles et des croyances personnelles permet d’adapter la communication et les soins proposés, notamment lors d’examens intimes ou de sujets sensibles comme la contraception ou la maternité.
Une attention particulière aux signes non verbaux, aux changements comportementaux soudains ou aux blessures inexpliquées constitue un élément clé pour détecter d’éventuelles situations de violence ou de détresse.
Cette vigilance s’accompagne idéalement d’une collaboration étroite avec les autres professionnels de la santé et structures d’aide, formant ainsi un réseau de soutien complet autour de la patiente.
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Communication et consentement : construire une alliance thérapeutique avec la patiente
Une communication transparente forme le socle d’une alliance thérapeutique solide en santé féminine. En exposant clairement les examens, traitements et alternatives possibles, le praticien invite les patientes à participer activement aux décisions concernant leur santé. La recherche du consentement éclairé, y compris avant chaque auscultation, témoigne du respect fondamental de leur autonomie corporelle.
Une posture d’écoute active, exempte de jugement, crée un espace sécurisant où les préoccupations peuvent s’exprimer librement. Cette relation de confiance s’enrichit d’une information précise sur les droits en matière de santé et les dispositifs d’aide disponibles, renforçant ainsi la capacité des femmes à être actrices de leur parcours de soins.
Prévention et dépistage : préserver la santé de la femme à long terme
La santé des femmes nécessite une approche préventive globale, dépassant le seul cadre gynécologique trop longtemps considéré comme central. Bien que le parcours de soins commence traditionnellement par la vaccination HPV dès 11 ans et inclut des consultations de santé sexuelle gratuites jusqu’à 26 ans, il ne peut se limiter à ces aspects.
Si les examens gynécologiques réguliers restent essentiels pour la détection précoce de pathologies spécifiques avec des dépistages échelonnés (cancer du col de l’utérus dès 25 ans, mammographie biennale entre 50 et 74 ans, etc.), ils ne constituent qu’une partie d’une surveillance médicale qui se doit d’être plus complète.
En effet, cette focalisation sur la gynécologie, héritage d’une médecine historiquement androcentrée, occulte des enjeux majeurs comme les maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité féminine, ou les pathologies auto-immunes qui touchent majoritairement les femmes.
L’éducation à la santé doit donc s’étendre au-delà de la santé reproductive pour inclure la reconnaissance de tous les signes d’alerte et l’adoption d’habitudes de vie favorables à un vieillissement en bonne santé, dans une approche véritablement holistique du bien-être féminin.
Parcours de soins personnalisé : adapter la prise en charge à chaque patiente
La personnalisation du parcours de soins repose sur une collaboration étroite entre le praticien et sa patiente, où l’expertise médicale s’enrichit de l’expérience unique de chaque femme. Une approche individualisée, fondée sur l’écoute active des ressentis et des observations personnelles de la patiente, permet d’établir un diagnostic plus précis et un traitement mieux adapté.
La connaissance intime que les femmes ont de leur corps constitue un atout précieux dans leur prise en charge médicale. Cette démarche participative favorise leur autonomie et leur capacité à être actrices de leur santé, tout en renforçant l’efficacité des soins prodigués. La bienveillance et l’humilité du praticien sont essentielles pour créer ce dialogue constructif.
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Les enjeux de la santé des femmes dépassent largement le cadre gynécologique traditionnel, nécessitant une approche holistique. Face aux inégalités persistantes et aux biais de genre dans les soins, les médecins doivent adapter leur pratique en considérant les déterminants sociaux, économiques et culturels. Une alliance thérapeutique fondée sur l’écoute et le respect de l’autonomie des patientes s’avère essentielle.
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Sources :
1 Santé de la femme : un sujet stratégique ! – Com & Health
2 La santé et l’accès aux soins : une urgence pour les femmes en situation de précarité – Égalité femmes-hommes
3 Des inégalités de santé persistantes entre les femmes et les hommes – Santé Publique France
Les femmes dans le champ de la santé : de l’oubli à la particularisation – Cairn.info
Genre et santé – INSERM, La science pour la santé
Penser la santé autrement : vers une approche globale et féministe ? – Éducation Santé
Comment suivre sa santé quand on est une femme ? – info.gouv.fr
Philosophie de soin – Sorella
