Études de médecine à l’étranger et retour en France

15 novembre 2024 médecins étudiants étrangers

Les études de médecine à l’étranger attirent de plus en plus d’étudiants français face aux restrictions d’accès dans l’Hexagone. Dans un contexte de pénurie médicale croissante, comment faciliter le retour de ces futurs praticiens formés hors de nos frontières ? Quels sont les défis et opportunités qui se présentent à eux ? La France saura-t-elle capitaliser sur ces talents pour enrichir son système de santé ?

Pourquoi faire ses études de médecine à l’étranger ?

La formation médicale à l’étranger représente une alternative séduisante pour de nombreux étudiants français confrontés à la sélectivité du système national.

Avantages et opportunités pour les étudiants français

Le taux de réussite en faculté de médecine reste particulièrement faible en France, malgré la réforme du numerus clausus. Les chiffres sont éloquents : seuls 12 % des étudiants réussissaient en première année en 2018, et 21 % après deux tentatives.

La réforme du PASS, interdisant le redoublement, pousse de plus en plus d’étudiants à opter directement pour l’international. Malgré l’augmentation de 13 % des places depuis 2020, beaucoup préfèrent assurer leur avenir à l’étranger plutôt que de risquer l’échec en France.

Les facultés étrangères séduisent par leur approche pédagogique différente : effectifs réduits permettant un meilleur accompagnement, corps enseignant plus accessible, méthodes d’apprentissage moins compétitives et environnement moins stressant.

La reconnaissance des diplômes au sein de l’Union Européenne constitue un atout majeur. Sous réserve que le diplôme soit conforme à la directive européenne et figure dans l’arrêté ministériel du 13 juillet 2009, l’exercice en France devient possible.

Le retour pour l’internat reste toutefois limité : en 2023, seuls 107 Français diplômés en Europe ont intégré les ECNi (Épreuves Classantes Nationales informatisées), soit à peine plus de 1 % des nouveaux internes. Plus récemment, l’exigence d’une note minimale de 14/20 aux EDN (Épreuves Dématérialisées Nationales) a découragé de nombreux candidats, avec seulement 65 inscrits en octobre 2023.

Panorama des pays d’accueil les plus prisés

Une récente enquête du Quotidien du Médecin révèle une nette préférence pour certaines destinations : la Roumanie arrive en tête avec 2614 étudiants français, suivie par la Belgique (681), l’Allemagne (493) et la Suisse (435). D’autres pays comme l’Espagne, l’Italie ou la Croatie attirent également, mais dans une moindre mesure.

L’Allemagne et la Suisse développent des stratégies attractives pour retenir leurs internes, proposant des conditions favorables à l’installation.

Parmi les médecins exerçant en France en 2023, 441 natifs français ont été diplômés dans l’UE (principalement en Belgique, Roumanie et Italie) et 347 hors UE (surtout en Algérie, Tunisie et Syrie). Sur 1 651 nouveaux médecins formés à l’étranger, seuls 63 sont nés en France.

Lire aussi : « Médecins en Europe : comment exerce-t-on en Belgique ou au Royaume-Uni ? »

Les conditions pour étudier la médecine hors de France

L’exercice de la médecine est strictement encadré par des directives européennes qui harmonisent les formations et facilitent leur reconnaissance dans l’Espace économique européen et en Suisse.

Avant de s’engager dans cette voie, plusieurs éléments sont à considérer :

  • l’excellence académique requise ;
  • la parfaite maîtrise de la langue du pays d’accueil ;
  • les quotas d’admission souvent restrictifs ;
  • l’investissement financier conséquent sur plusieurs années.

Pour réussir son projet d’études à l’étranger, il est essentiel de bien comprendre les spécificités de chaque pays :

 

Pays Langue des programmes Durée des études Titre/diplôme Admissions Lieux de formation Frais de scolarité
Allemagne Allemand 6 ans minimum, puis spécialisations Staatsexamen Numerus clausus par Hochschulstart (notes du bac, temps d’attente, épreuves de sélection) 32 établissements publics, 1 privé 1 100€/an
Autriche Allemand 6 ans, puis spécialisations Concours (quota : 75 % Autrichiens, 20 % UE, 5 % hors UE) Universités de Graz, Vienne, Innsbruck, Krems an der Donau, Linz, Nürnberg
Belgique Français 6 ans, puis spécialisation (9-12 ans) Concours annuel fin août (quota non-résidents : 15 %) Universités : Mons, Namur, Liège, Louvain, Bruxelles
Croatie Anglais (Zagreb, Split, Rijeka) 6 ans, puis spécialisations Notes du lycée + évaluation en sciences (bio, chimie, physique) ; niveau B2-C1 anglais Universités de Zagreb, Split, Rijeka 10 000 – 12 200 €/an
Bulgarie Anglais (3 premières années) 6 ans, puis spécialisations Examen d’entrée en bio et chimie (septembre) Universités de Sofia, Varna, Plovdiv, Pleven, Trakia, St. Kliment Ohridski 7 500 – 8 200 €/an
Chypre Anglais 6 ans, puis spécialisations Admission sur dossier + niveau C1 anglais Université Européenne de Chypre (Nicosie) 21 000 €/an
Estonie Anglais 6 ans, puis spécialisations Score minimum au SAT en bio, lettre de motivation (inscriptions : janv-avril) Université de Tartu 13 200 €/an
Espagne Espagnol/Partiel en anglais 6 ans, puis spécialisations (3-5 ans) Grado en Medicina Sélection selon résultats au lycée et épreuves spécifiques (PCE) Universités à Valence, Navarre (moteur de recherche disponible sur site du Ministère espagnol) 10 000 à 15 000 €/an
Hongrie Anglais/Allemand 6 ans, puis spécialisations Examen d’entrée en biologie, chimie, anglais et entretien Universités de Szeged, Semmelweis, Debrecen, Pecs 15 000 – 18 000 $/an
Italie Italien/Anglais 6 ans, puis spécialisations Laurea magistrale Examen national (60 QCM en log., bio., chimie, etc.) Nombreuses universités (inscriptions sur universitaly.it)
Irlande Anglais 5 ans + 1 an d’internat Test HPAT en février + procédure CAO
Lettonie Anglais 6 ans, puis spécialisations Dossier (avec bio et chimie au lycée) ; TOEFL ou IELTS requis Universités de Riga, Latvia 12 000 €/an
Luxembourg Français/Allemand 1ère année à Luxembourg, suite en Allemagne ou France Bac + niveau C1 en franco-allemand pour intégrer la première année Université du Luxembourg
Malte Anglais 5 ans, puis spécialisations Cours préalable en maltais + test d’anglais et examen en sciences Université de Malte Pas de frais de scolarité
Pologne Anglais 6 ans, puis spécialisations Notes en sciences + entretien (inscription possible dès février) Universités à Varsovie, Cracovie, Kielce, Gdańsk, Bialystok, Olsztyn, Szczecin, Poznan, Wrocław, Lublin 10 000 – 15 000 €/an
République tchèque Anglais 6 ans, puis spécialisations Modalités d’admission sur site universitaire Palacky (Olomouc), Charles (Prague), Masaryk (Brno) 10 000 – 15 000 €/an
Roumanie Anglais 6 ans, puis spécialisations Directement auprès des universités (mai) Universités à Cluj-Napoca, Timisoara, Lasi, Constanta, Craiova 4 500 – 8 000 €/an
Royaume-Uni Anglais Variables selon spécialisation Dossier UCAS avant le 15 octobre de l’année précédente

En cas de souhait de transfert vers une université française, il est préférable de terminer son cursus dans le pays de formation initiale. La reconnaissance du diplôme obtenu dans l’UE facilitera ensuite l’exercice en France selon des modalités établies.

Reconnaissance des diplômes étrangers en France

La reconnaissance des diplômes médicaux étrangers en France suit un parcours précis, débutant par une demande d’autorisation d’exercice auprès de la Commission d’Autorisation d’Exercice (CAE). Cette procédure s’adresse à trois catégories distinctes de praticiens :

  • les lauréats des épreuves de vérification des connaissances ;
  • les diplômés européens de l’UE/EEE;
  • les praticiens à diplôme hors Union Européenne (PADHUE) selon le décret du 7 août 2020.

Ces derniers sont répartis en deux catégories : la liste A pour les titulaires d’un doctorat étranger, et la liste B concernant les réfugiés, apatrides et Français rapatriés.

Le processus se poursuit par les épreuves de vérification des connaissances (EVC), évaluant à la fois les aspects pratiques et théoriques du métier. Les candidats retenus entament ensuite un parcours de consolidation des compétences dans un service agréé, alliant pratique supervisée et formation continue.

L’autorisation finale d’exercice nécessite une évaluation par la CAE, suivie d’une validation ministérielle. L’ultime étape consiste en l’inscription à l’Ordre des médecins, possible uniquement après la publication de l’arrêté au Journal Officiel, marquant ainsi l’entrée officielle dans le corps médical français.

Lire aussi : « Médecin étranger : les étapes de la procédure d’autorisation d’exercice (PAE) en France »

Exercer en France après des études à l’étranger

L’intégration des médecins formés à l’étranger dans le système de santé français exige une familiarisation avec le vocabulaire médical, les protocoles de soins et les normes nationales. Comprendre les mécanismes de remboursement, les grilles tarifaires et l’organisation territoriale des soins représente un enjeu clé pour une intégration réussie.

Ces praticiens doivent tisser leur réseau de confrères et choisir un mode d’exercice qui leur convient, que ce soit en salariat ou en libéral. L’adaptation aux codes culturels et professionnels français requiert du temps, notamment dans la relation avec les patients, qui peut différer de ce qu’ils ont connu dans d’autres contextes.

Néanmoins, leur parcours international enrichit le système de santé français. Leur approche globale de la médecine, issue d’une double culture, ouvre la porte à des pratiques novatrices. Grâce à leurs compétences linguistiques et à leur capacité d’adaptation, ces médecins apportent une véritable valeur ajoutée dans un secteur de plus en plus internationalisé. Leur expérience au sein de différents systèmes de santé offre enfin une perspective précieuse pour faire évoluer les pratiques médicales en France.

Lire aussi : « Ces médecins étrangers qui s’installent dans des villages français »

Les études de médecine à l’étranger représentent une opportunité enrichissante, mais exigeante. Si le retour en France nécessite un parcours rigoureux, ces médecins constituent une ressource précieuse pour notre système de santé, apportant diversité des approches et compétences internationales. Face aux enjeux démographiques médicaux, faciliter leur réintégration devient stratégique.

 

Sources

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